Honda CB 500 S et N
 


20 ans décart : Honda CB 500 1997 vs CB 500 2016


Dossier Moto et Motards réalisé en novembre 2016
- Magazine n°203 disponible sur le site Moto et Motards -

PAR STEPH "VIEUX Pot" LA CASE
PHOTOS FABRICE "CASSEROLE" LHERITIER



Tout ça pour ça ?


LA HONDA CB 500 FAIT TELLEMENT PARTIE DU PAYSAGE MOTOCYCLISTE FRANÇAIS QU'ON NE LA REMARQUE MEME PLUS. SA DESCENDANTE, APPARUE EN 2013, S'OFFRE UN PREMIER LIFTING TRES REUSSI. L'OCCASION DE LA CONFRONTER A SON GLORIEUX ANCETRE ET DE FAIRE LE BILAN DE 20 ANS D'EVOLUTIONS. POUR LE MEILLEUR ?






TOUT CA POUR CA !

La première CB 500, apparue en 1994, (voir encadré "Historique"), a bercé les débuts de plusieurs générations de motards. Elle est issue de "l'âge doré" de la moto, et tout particulièrement de Honda. A l'époque les VFR, CBR 900 et autres RC45 faisaient rêver les amateurs de sensations fortes. Destinée à de jeunes conducteurs tout autant qu'à une clientèle à la recherche d'une machine basique et sans soucis, la CB prouva rapidement que son rayon d'action s'étendait bien au-delà. Amusante et efficace à l'attaque, surprenante sur piste (la CB Cup rassemblait plus d'une centaine de pilotes par épreuve et couronna notamment Sébastien Charpentier, futur double champion du monde Supersport), elle pouvait aussi voyager loin et se révéla d'une fiabilité à toute épreuve. Ressuscitée en 2013, la CB 500F est le fruit d'une réflexion bien différente. Elle doit aujourd'hui s'adapter aux contraintes de l'Euro4, mais aussi répondre aux exigences du permis A2, obligatoire pour tout nouveau conducteur de 2-roues motorisé, qui limite la puissance maxi à 35 kW, soit 47,6 ch. Dix de moins que sa glorieuse aïeule, au guidon de laquelle beaucoup ont pourtant passé leur permis !



CB500 2016 en virage sur la droite






P'TITE JEUNE SEXY

Pour se faire pardonner, la p'tite jeune la joue sexy. Fine, dynamique, elle hérite d'un coup de crayon très réussi et bien dans l'air du temps. De sa tête de fourche agressive à sa poupe effilée, en passant par ses disques de frein artistiquement découpés ou sa ligne d'échappement bien intégrée, c'est un sans-faute. Ajoutez une finition irréprochable, des coloris sympas et un tableau de bord digital aussi agréable à regarder que complet (compte-tours, vitesse, jauge à essence, montre, partiel, conso moyenne...) et vous obtenez une bécane attirante dont le design fait l'unanimité. A ses côtés, la CB "97" ne peut guère cacher les outrages du temps. Selle épaisse, ligne lourdingue, gros phare rond, doubles amortisseurs... même le coloris vert bouteille (probablement le plus moche disponible dans ces années-là) semble conspirer pour l'enlaidir. C'est pire encore avec le tableau de bord, sans jauge à essence (mais doté d'une sonde de température d'eau) et constitué des éternels compteurs ronds à aiguilles. Et encore, on a échappé (de peu) au frein à tambour utilisé entre 1994 et 1996 ! Il y aura bien des nostalgiques pour soupirer d'aise en actionnant le starter au guidon ou en manoeuvrant le robinet d'essence, signes d'un temps où les carburateurs régnaient en maîtres (à chacun sa madeleine) mais dans l'allure, y'a pas photo ! C'est comme placer côte à côte Emma Watson en minijupe et Margareth Thatcher en tailleur de velours... Pourtant, en y regardant de plus près, il y a de quoi être bluffé par la résistance de l'ancêtre. Avec près de 46.000 kilomètres au compteur et pas loin de 20 ans d'écart, mamie est dans un état de fraîcheur surprenant : peinture nickel, paillettes comprises, carters sans une égratignure, silencieux d'échappement sans trace d'oxydation... impressionnant ! Pour 1.500 euros en occasion, il y a même une béquille centrale pour faire la tension de chaîne sans galérer. Et on n'était pas au bout de nos surprises.



CB500 2016 en virage sur la gauche






DE BEAUX RESTES

Après être rentré chez moi la veille au guidon de la nouvelle CB et avoir apprécié tout autant sa douceur que l'étonnante protection qu'elle offre sur autoroute, qui permet de cruiser à 140-150 km/h compteur sans souffrir, je pensais faire une fleur à Ponpon en lui proposant de prendre la "vieille" CB pour les images de ce comparatif. Et à voir l'expression soulagée qui se dessina derrière la barrière de poils lui tenant lieu de visage, je sentais que ce sentiment était partagé. Aussi est-ce avec un soupçon d'angoisse que j'enjambais la selle de mamie. Le problème avec les occasions, même quand elles semblent bien conservées, c'est qu'on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Entre les disques de freins voilés, les embrayages qui patinent et les moulins ne tournant pas rond, on a déjà eu notre lot de déconvenues. Rien de tout ça ici. Au premier coup de démarreur le petit twin s'ébroue et se stabilise dans un ralenti parfait. Au bruit, on jurerait qu'il est neuf : pas une vibration, pas un frémissement parasite, l'embrayage est nickel, la boîte de vitesses douce et sans jeu... Y'a pas à dire, à cette époque on savait faire des motos ! M... voilà que je parle comme un vieux. Passé le temps d'adaptation aux pneus format mobylette (130 de large à l'arrière, psychologiquement, c'est dur !) on apprécie très vite le naturel et l'équilibre avec lesquels la vieille CB réagit. On sent un centre de gravité un peu plus haut que sur la nouvelle, mais le poids s'efface dès qu'on veut lui donner de l'angle. Facile à placer, la CB est neutre en toutes circonstances, mais plus que tout, elle est pleine d'envie. Côté moteur, s'il est paresseux jusqu'à 4.000 tr/min et que le tirage trop long de la poignée de gaz n'arrange rien, lui aussi est volontaire. Une impression qui se vérifie dès que l'on accroche les 6.000 tr/min. Là, il procure une poussée franche et très agréable tout en se lançant à l'assaut du compte-tours. Et s'il fatigue un peu passé 9.000, ça ne l'empêche pas de s'attaquer vaillamment à la zone rouge. Côté châssis, c'est une révélation ! Réglé au plus dur en précharge, le combiné d'amortisseurs arrière fait un boulot convaincant, ménageant un certain confort sur les bosses tout en absorbant efficacement les nombreux défauts du bitume. Entre ça et une garde au sol bien suffisante sur route, je commence à m'amuser comme un petit fou, et à voir Ponpon rétrécir rapidement dans les rétroviseurs. En fait, je vais rapidement oublier mes a priori sur l'âge de la CB et me concentrer sur le pilotage pour m'offrir un pur moment de plaisir. Les Dunlop StreetSmart offrent un grip très convaincant, l'agilité grâce à la faible section des pneus est diabolique, la stabilité surprenante et la vitalité du moteur dans les tours tout à fait réjouissante! Bref, l'ancienne CB demeure un jouet ultra-efficace dès que ça tourne, même selon les standards actuels... à condition d'anticiper les freinages. C'est son seul réel point faible : non seulement le levier n'est pas réglable en écartement (celui de la nouvelle CB, si), mais le petit étrier Brembo manque de mordant comme de puissance : il faut tirer fort pour obtenir un résultat très moyen.



CB500 2016 en burn      Les CB500 en virage






NOUVELLE DONNE

Pour en avoir le coeur net, je récupère la CB de Ponpon et refais le même tracé. Contre toute attente, dans les portions bosselées son mono-amortisseur pompe et réagit moins bien que le combiné de la doyenne ! Pour tout arranger, l'accès au réglage de précharge réclame des mains de proctologue et un pont hydraulique. A l'attaque son moulin manque d'allonge et, surtout, de peps. Désespérément linéaire, il fait le boulot, mais sans aucune saveur. Et puis ça frotte bien plus tôt également. Bref, contrairement aux apparences, le fun est l'apanage de l'ancienne ! Avec une position plus moderne, un réservoir plus fin, une selle plus ferme et une assise plus droite (on est légèrement incliné vers l'avant sur "mamie"), la nouvelle CB reste naturelle et très facile à exploiter. Elle est même plus rassurante sur les premiers mètres parcourus, et bénéficie d'un meilleur répondant à bas régime. Ça la rend d'ailleurs plus agréable quand il s'agit de mettre la roue avant en l'air : elle demande moins d'effort tout en étant plus facile à contrôler : l'injection et une commande des gaz au tirage plus court, ça a du bon. Elle marque aussi des points côté consommation, avec un bon litre de moins englouti aux cent kilomètres, mais la contenance supérieure de la "vieille" lui permet de revenir à égalité pour ce qui est de l'autonomie (entre 250 et 300 km suivant la conduite). Côté freinage, la jeune est aussi à son avantage, avec une puissance, un mordant et une progressivité parfaite... sans parler de l'ABS, efficace et pas trop intrusif. Ce dernier a même le bon goût de se mettre en défaut au premier wheeling un peu long, ce qui permettra aux plus joueurs de s'amuser à glisser ou de s'initier aux stoppies. En usage "normal", le match est très serré. La nouvelle CB est très souple à bas régimes, mais son aïeule n'a pas grand-chose à lui envier, tout en procurant un supplément d'âme faisant défaut à la nouvelle venue. Et si la jeune est plus sexy, l'ancienne lui oppose un confort supérieur sur les longues distances grâce au moelleux de sa selle et de meilleures capacités à transporter un passager, que ce soit grâce à sa puissance supérieure ou à une meilleure assise.



CB500 1997 en wheeling de dos                  CB500 1997 en wheeling de face






BILAN : C'ETAIT MIEUX AVANT

Plus performante, plus agréable à l'attaque, mais aussi plus polyvalente grâce à un confort supérieur, la "vieille" CB fait plus que de la résistance, elle se permet de corriger vertement sa descendante dans certains compartiments du jeu. Pour autant, cette dernière n'est pas seule fautive : pour respecter la réglementation en vigueur elle a dû sacrifier une bonne part de caractère sur l'autel de l'efficacité. La nouvelle CB fait le boulot. Sans éclat peut-être, à part en ce qui concerne son esthétique et son équipement (ce qui n'est déjà pas mal). Valorisante, facile, agréable en toutes circonstances, elle sera une excellente première moto. Mais en descendant de l'ancienne CB, il est difficile de ne pas ressentir une bouffée de nostalgie envers une époque où, si tout n'était pas parfait, tout avait davantage de saveur.

Steph



Les CB500 en virage sur la gauche   Les CB500 en wheeling






AVIS DE PONPON

Vingt piges ! Vous vous rendez compte ? Vingt ans séparent nos deux motos et franchement, je ne sais pas laquelle choisir. La vieille est rigolote et passe plus vite en virages. Mais elle est moche comme un pou ! Alors que la nouvelle est belle, mais est molle et n'a pas de garde au sol. Et elle est plus chère. En revanche, pour les bêtises sur une roue, j'avoue que la douceur et la souplesse de la nouvelle sont une invitation à économiser le pneu avant. C'est tout doux ! Mais faut être concentré, car elle n'a pas la puissance du modèle 1997. Donc je vote pour la vieille. D'ailleurs, c'est plutôt marrant car c'est valable pour beaucoup d'autres choses. Regardez Steph, par exemple. Il est vieux, il est vite et il est moche. Mouahahaha !

LOOK : 2016
MOTEUR : 1997
CHASSIS : 1997
FREIN : 2016

Ponpon



Les CB500 en virage sur la droite






CB 500 : HISTORIQUE

1994
La première CB 500 est lancée fin 1993, elle sera fabriquée au Japon jusqu'en 1996.
58 ch - 4,8 mkg - 199 kg

1997
La production est délocalisée en Italie, elle en profite pour s'équiper d'un frein arrière à disque (et passer de Nissin à Brembo).

1998
Apparition de la CB 500 S, équipée d'une tête de fourche.

2004
Enfin une évolution "majeure" : pistons allégés, nouvel allumage, nouvel embrayage... mais surtout un châssis et un habillage plus cossus qui augmentent ses dimensions (bras oscillant et pneus plus larges, apparition d'un mono amortisseur, fourche de plus grand diamètre...) et son poids (206 kg). De fine et agile elle parait pataude alors qu'elle cherchait à gagner en polyvalence. Malgré de réels progrès (douceur mécanique à bas régimes, stabilité accrue), la CB nouvelle version peine à séduire. Elle a perdu le peps qui faisait son charme et disparaîtra du catalogue en 2008 sans avoir connu d'autres évolutions.

2013
Pour mieux renaître en 2013, avec une production thaïlandaise cette fois-ci, et connaître une première évolution en 2016.
47,5 ch - 4,4 mkg - 192 kg



CB500 1997 en virage sur la gauche      CB500 1997 en virage sur la droite







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